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Le rôle des loisirs sportifs dans l'attractivité touristique de la Réunion Résumé
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Muriel AUGUSTINI (MCF STAPS) et Olivier BESSY (MCF STAPS) Département STAPS, CURAPS, Université de La Réunion Tél : 02-62-57-95-91, Mail : muriel.augustini@univ-reunion.fr et olivier.bessy@univ-reunion.fr
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Cette étude repose sur la passation d’un questionnaire auprès de touristes sur le marché de Saint-Paul, d’août 2003 à février 2004. Au total, 345 questionnaires ont été exploitables. L’échantillon interrogé écarte les touristes d’affaires, se caractérise par une proportion similaire d’hommes (183) et de femmes (162) et se distribue de façon paritaire dans les différentes catégories d’âge (118 de moins de 25 ans ; 114 de 25 à 49 ans et 113 de 50 ans et plus). Il comporte 144 touristes affinitaires (41,7%) et 201 touristes d’agrément (58,2% de l’effectif). Notre population ne forme donc pas un échantillon représentatif, de ce fait, nos résultats, ne peuvent être extrapolés à l’ensemble des touristes. Néanmoins, ils restent tout à fait valides pour les catégories interrogées. L’interprétation de nos résultats tiendra évidemment compte des particularités de cet échantillon. Elle devra aussi être relativisée car elle repose sur une déclaration sportive trop globale des touristes. La Réunion a connu une progression continue du tourisme durant ces quinze dernières années. Avec 432 000 touristes, 365 millions d’euros de recettes et 10 000 emplois directs en 2003, ce secteur s’impose aujourd’hui comme la première activité exportatrice de l’île, devant la canne à sucre. Cependant, force est de constater que depuis la fin des années quatre-vingt-dix, on observe une stagnation de la fréquentation touristique. Face à l’importance que revêt le tourisme pour La Réunion et en même temps confronté à sa progression modérée et incertaine, il nous a paru opportun de nous questionner sur le rôle que peuvent jouer les loisirs sportifs dans l’attractivité touristique de l’île. La pertinence de cette question est confortée par la place grandissante occupée aujourd’hui par le sport durant les vacances des Français mais aussi par l’émergence de nouveaux enjeux économiques, sociaux et environnementaux liés au tourisme sportif, pour les collectivités territoriales. L’intérêt de ce questionnement est aussi associé au potentiel exceptionnel proposé par l’île sur le plan sportif et à la structuration récente mais progressive de l’offre (1) Après avoir participé dans les années 80 au processus de mise en loisirs et en tourisme de la Réunion les sports nature ne sont-ils pas aujourd’hui en train de redessiner inexorablement les lignes de force du tourisme réunionnais ? Les résultats de notre étude le confirment. Dans les motivations pour venir à La Réunion comme dans la construction du projet de voyage, la pratique sportive est annoncée par de nombreux touristes à la recherche des moyens les plus appropriés pour découvrir les différentes facettes de l’île ou tout simplement pour mieux en profiter. Les APS participent directement en tant que vecteur structurant mais aussi indirectement en se confondant avec la recherche d’exotisme, au choix de la destination Réunion. Plus surprenant, il n’existe que peu de différences entre le projet initial de voyage sportif et la réalité vacancière, comme si les métropolitains qui choisissaient cette destination le faisaient en connaissance de cause, comme si l’image de La Réunion favorisait une clientèle sportive. De même, les personnes interrogées déclarent à 90% avoir pratiqué une APS durant leur séjour. Ils s’adonnent dans leur immense majorité aux sports nature et plus particulièrement à la randonnée pédestre (82%), à la nage PMT (33,3%) et à la plongée (18,6%), en harmonie avec la complémentarité montagne/océan offerte par l’île. Les attentes sportives des touristes sont très centrées sur ces activités en relation avec une nouvelle sensibilité aux territoires, un besoin de se ressourcer loin des villes et un désir de s’évader dans des contrées lointaines au parfum d’exotisme. La nature réunionnaise est ainsi vécue comme un désert de substitution, un au-delà des périmètres urbains et d’une modernité subie comme accablante. Tous, loin de là, ne sont pas des inconditionnels du sport, des « sportifs touristes », qui auraient choisi la destination Réunion essentiellement pour pratiquer avant tout leur APS d’élection dans de nouvelles conditions. Nous avons plutôt affaire à des « touristes sportifs » qui recherchent prioritairement le dépaysement. Les APS constituent pour eux un moyen privilégié d’explorer l’île, de partager des moments, des expériences, des émotions avec des amis ou de la famille. Ces deux façons de vivre La Réunion répondent aux deux manières de réaliser son rêve de touriste. Elles ne sont pas imperméables ou opposables mais au contraire se nourrissent l’une, l’autre, en générant des comportements hybrides, car le touriste est multiple et seul compte pour lui le fait que ses vacances lui renvoie une image valorisante de lui-même. Notre étude a mis aussi en évidence des variations selon la durée du séjour, le genre et l’âge des touristes. Plus le temps passé à La Réunion est long et plus la motivation et la pratique sportives sont affirmées. L’âge est aussi une variable discriminante : les 50 ans et plus évoquent moins que les autres les loisirs sportifs comme raison d’avoir choisi la destination Réunion ; ils sont également moins sportifs une fois sur place. Le genre joue en revanche beaucoup moins sur les taux de pratique durant le séjour. Les différences se situent essentiellement au niveau de la nature des APS programmées et réalisées. La plongée et le surf sont les deux loisirs sportifs qui présentent toujours le plus d’écart entre les hommes et les femmes, en relation avec des univers de pratique qui stigmatisent des antagonismes sexuels encore marqués. Plusieurs freins restreignant la pratique des sports nature ont également été analysés. Les contraintes climatiques et financières comme celles liées à un manque d’informations ou à la qualité des prestations offertes sont rarement énoncées par les touristes. La critique de l’environnement de pratique (pollution surtout) est plus récurrente en raison de la montée d’une sensibilité écologique chez les touristes. Mais c’est dans les représentations habituellement associées aux sports nature que l’on rencontre l’obstacle le plus puissant à leur pratique : la plupart de ces activités sont considérées par de nombreux touristes comme dangereuses, difficiles et impossibles à pratiquer en famille. Reste que la construction d’une attractivité touristique demeure un exercice de style difficile à réaliser tant le touriste est aujourd’hui animé par des désirs variés et fluctuants. La mise en tourisme du territoire réunionnais a ses règles propres qui ne dépendent pas de la seule volonté politique ou de la qualité des services offerts. En effet, le choix d’une destination est complexe et suspendu en grande partie à l’imaginaire des touristes, personnes aux regards multiples et en perpétuel devenir, qui sont tout autant des créateurs que des consommateurs d’espaces. Le sport comme la culture ou tout autre vecteur de communication n’échappe pas à cette règle. La connaissance approfondie et réactualisée de la demande touristique en matière sportive mise en parallèle avec l’éclairage des enjeux associés au développement d’un tourisme sportif durable à La Réunion deviennent alors incontournables pour les acteurs responsables de ce secteur d’activités. De même, l’adéquation de l’image de la destination Réunion avec ses produits de sports nature revêt une importance particulière. Le slogan « Réunion île intense » nous paraît dans ce contexte pertinent car il associe à un lieu, une atmosphère et une possibilité d’être acteur. Il véhicule ainsi une image attractive susceptible de faire rêver de nombreux touristes attirés par des vacances actives. Il s’inscrit dans une communication de « valorisation d’un modèle d’usage de l’univers de référence » en phase avec la tendance actuelle. Il convient cependant d’être vigilant pour que l’image souvent tirée par des pratiques trop extrêmes, ne soit pas réductrice d’autres types de consommations touristiques et n’effraie pas l’essentiel de la demande intéressée surtout par des engagements corporels euphémisés, ludiques et en harmonie avec le patrimoine naturel et culturel. N’est-ce pas la condition à respecter pour que le tourisme sportif participe à la construction de l’identité touristique de la Réunion ?
(1) La lecture en complément du rapport CCEE/Région sur « Loisirs et tourisme sportif de nature à La Réunion. Etat des lieux, enjeux et perspectives en matière de développement durable» (O.Bessy et O.Naria), paru en 2004, nous paraît de ce point de vue intéressante.
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