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Sociologie des cultures sportives de la nature |
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(...) Sans doute, on peut penser que la connaissance exhaustive des recherches effectuées dans ce domaine est loin d’être globale. Si en STAPS (sciences et techniques des activités physiques et sportives), les recherches sont assez bien connues, il serait nécessaire de renforcer la diffusion des études réalisées dans d’autres disciplines scientifiques (en sociologie, en géographie, en histoire, en sciences politiques, en anthropologie, en marketing,…). De même, nous n’avons que très peu d’informations sur l’activité scientifique portant sur les cultures sportives de nature en Europe, dans les pays anglo-saxons, en Asie,… Un vaste champ d’action s’ouvre à nous à la fois pour renforcer le corpus de données sur les études réalisées ou en cours, mieux connaître les thématiques abordées et saisir les différents cadres théoriques et méthodologiques utilisés. Il serait ainsi intéressant d’identifier les courants sociologiques qui organisent aujourd’hui l’approche de ce territoire de recherche et les thématiques porteuses et investies aujourd’hui par la communauté scientifique. Cependant, au-delà des approches globales et spécifiques pour définir les caractéristiques des pratiquants en loisirs sportifs de nature, on peut penser que les réflexions portant sur la socialisation, sur le genre, les représentations sportives de la nature, les opinions, les styles de pratique, la technologisation des pratiques, la diffusion sociale des innovations, les rapports à l’ailleurs, la définition des univers culturels, les sociabilités… constituent des thématiques de recherche en devenir. La sociologie des cultures sportives de nature se présente ainsi comme un domaine de recherche extrêmement riche en développement non pas seulement pour augmenter la connaissance dans ce secteur mais aussi pour répondre à de nombreux enjeux contemporains. En effet, la place montante du loisir de nature dans nos sociétés, le développement des économies touristiques et des approches marketing de ce secteur, la valorisation des entrées entrepreneuriales dans la gestion des sports de nature ou encore le renforcement des mesures législatives et institutionnelles se présentent comme une invitation pour redonner de l’importance à l’approche culturelle de ces pratiques. On ne pourra faire l’économie de cette entrée par la culture et la sociologie de la culture pour penser le développement et la gestion de ce secteur de loisir. Renforcer la place des sciences sociales dans la réflexion sur les sports de nature et les regards transdisciplinaires et croisés sur cet objet, c’est penser le plein air non pas seulement par rapport à des enjeux économiques aussi nécessaires qu’ils soient mais c’est aussi réfléchir sur la place de ces pratiques dans nos sociétés, sur ses fonctions sociales, son utilité anti-économique et « anti-utilitaire » (parfois) et la manière culturelle dont celles-ci sont vécues. Si la culture n’est pas qu’une marchandise, la sociologie de la culture sportive de nature se doit d’apporter des éclairages relatifs aux usages sociaux de ces espaces qui ne peuvent en aucun cas se réduire à une consommation improductive ou productive de temps. Aborder la gouvernance des territoires sportifs et la question de l’ancrage territorial des destinations touristiques sans accorder une place aux ressources culturelles, c’est réduire le champ de lecture de ces lieux de pratique. Penser les schémas collectifs du sport dans une seule perspective technique et comptable, c’est restreindre la connaissance des mobiles qui participent à produire de l’activité. Envisager le développement de produits dans une logique exclusivement marketing, c’est sous-estimer l’existence d’espaces des styles sportifs et d’univers culturels dans la mise en scène de ces activités de nature… La recherche fondamentale, appliquée ou action ne peut éviter de s’interroger sur ces enjeux dans la manière de penser son objet. Le développement d’une méta-réflexivité épistémologique s’impose ainsi pour comprendre la place de la recherche sur les cultures sportives sur un plan politique, institutionnel, territorial et commercial. Si la science est une construction, au même titre que le développement des pratiques sportives de nature, elle ne peut contourner cette interrogation sur le positionnement de ces recherches par rapport à ces implications au sein de la société et par rapport aux autres formes de production de connaissances scientifiques. La communauté scientifique forme ainsi un champ social (au sens de Bourdieu) où des rapports de force existent pour imposer une vision du monde qui peut dans certains cas prendre les aspects d’une doxa. La sociologie de la culture est ainsi en lutte pour faire reconnaître la légitimité de son regard dans la connaissance de ce secteur et l’intérêt de ses éclairages pour comprendre le sens des actions qui se déroulent en ces lieux de nature. Si le débat existe entre domaines scientifiques, entre chercheurs, experts et professionnels des sports de nature, il doit aussi exister au sein de la communauté des sociologues du sport pour discuter de la validité des productions scientifiques et renforcer la diversité des éclairages. Au fond, la question posée porte sur la valeur scientifique d’un écrit et sur son positionnement théorique. Au-delà de l’inscription des écrits dans des thématiques spécifiques, la réflexion doit porter sur la manière de penser l’individu social engagé dans les pratiques sportives de nature. Le développement d’une communauté de recherche dans ce secteur ne pourra faire l’impasse d’une réflexion sur la conception de la science et sur la manière d’envisager l’action sportive en nature. Sans doute, on peut penser que le choix de l’objet d’étude n’est pas neutre : entre celui qui porte son regard sur l’extrême, les pratiques free ride, les pratiques de randonnée, les femmes dans les sports de nature et celui qui étudie les milieux populaires et le plein air, les APPN dans le milieu scolaire ou les sports de nature dans l’entreprise, des conceptions divergentes de ce secteur sont présentées dans la manière de concevoir son développement, ses formes de régulation et ses pratiques légitimes. L’objectivité scientifique n’est donc jamais totale à partir du moment où les valeurs s’immiscent dans le regard porté sur les objets d’étude. De même, entre celui qui prend pour objet l’escalade à Claret (De Léséleuc) en référence à une sociologie du quotidien et du sensible et celui qui étudie les styles de pratique en montagne (Lefèvre) en référence à la sociologie de Bourdieu, on a là des différences de lecture du social qui renvoient à des inscriptions divergentes dans le champ de la sociologie. Enfin, dans la manière de théoriser sur la socialisation dans les pratiques sportives de nature, entre la vision de Pociello en référence à l’habitus exposant le jeu des goûts et des dégoûts marqué par le positionnement social et les approches interactionnelles de Corneloup redonnant de l’importance aux stratégies individuelles, aux contextes et circonstances sociaux et à l’auto-transmission culturelle, la conception sociologique de la socialisation n’est pas la même. Tout comme on pourrait discuter des divergences dans l’approche des cultures émergentes présentées par Loret et le discours de certains « bourdieusiens » critiquant la valeur de cette production sociologique en redonnant de la présence à l’espace des styles sportifs pour analyser la culture fun. (...)
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