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Sociologie des cultures sportives de la nature |
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(...) Ce jeu des éclairages divergents dans la lecture des faits sociaux est tantôt perçu comme antinomique, tantôt comme complémentaire. Mais au-delà de ces jeux de positionnement, la philosophie du réseau des chercheurs engagés dans cette réflexion consiste à privilégier une « position d’ouverture » accordant de la valeur à la multiplicité des éclairages présentés. Dès lors, on considère que selon l’angle de vue et la focale choisie, l’analyse des pratiques sociales ne s’inscrit pas dans le même cadre théorique et la même lecture des faits sans pour autant dévaloriser un éclairage par rapport à un autre ; en fonction du problème posé, de l’intervention souhaitée dans le monde du loisir sportif de nature et du niveau de lecture du social, la science ne produit pas le même savoir et sa pertinence est dépendante du paradigme dans lequel s’inscrit les recherches. Le propos ne consiste donc pas à dévaloriser les approches de Parlebas / à ceux de Pociello, de De Léséleuc / à Lefèvre, de Theiller / Loret ou encore ceux de Bozonnet / à ceux de Griffet. Les éclairages ne s’inscrivent pas dans le même paradigme et les chercheurs n’analysent pas de la même façon le social. Pour certains, ce qui ne s’inscrit pas dans « ma famille sociologique » n’a pas de valeur ; pour d’autres, ce qui est différent n’est pas forcément sans valeur scientifique. A partir du moment où la recherche réalisée respecte une rigueur épistémologique dans la production de connaissance (ce qui ne va pas de soi à définir), celle-ci apporte sa pierre à l’édifice scientifique en émergence. Le réseau des chercheurs tente ainsi de valoriser cette diversité d’éclairages sur les sports de nature tout en souhaitant le développement d’espaces de concertation et de dialogue favorisant l’émergence de débats entre les différentes parties prenantes. C’est dans cette approche de la science que se situe la capacité à produite cette méta-réflexivité nécessaire à l’évaluation de la qualité des productions scientifiques mais surtout à l’évaluation des différences et des complémentarités entre regards scientifiques portés sur cet objet. Pour lancer la réflexion dans ce domaine et penser la position des recherches dans ce champ, l’écriture « des théories sociologiques de la pratique sportive » par Corneloup se présente comme un outil épistémologique de référence. Différents paradigmes sociologiques sont présentés permettant d’observer le positionnement théorique des écrits portant sur les loisirs sportifs de nature. Entre les écrits de Loret, De Léséleuc, Griffet (paradigme du sensible et du quotidien), ceux de Corneloup, Pociello, Lefèvre, Hoibian (paradigme structuraliste et conflictuel), ceux de Theiller et des sociologues de l’INSEP (paradigme déterministe et structurel), ceux de Corneloup (paradigme individuel et interprétatif), pour prendre quelques exemples, des ancrages sociologiques se constituent dans le champ de la recherche de ce secteur. Sans doute, on peut penser que le poids de ces paradigmes n’est pas le même actuellement pour lire les sports de nature à partir du moment où historiquement « certains ont marqué le territoire » (autour de la sociologie de C. Pociello par exemple) et d’autres ont du mal « à décoller et à faire leur place » dans ce champ (le paradigmes individuel et interprétatif et le paradigme systémique, stratégique et participatif). Cependant, on observe une montée en puissance progressive du paradigme individuel et interprétatif avec les multiples travaux réalisés sur la pratique de l’extrême par des chercheurs investis dans le champ de l’anthropologie cognitive (Récopé, Rix, Lièvre, Ria,…) qui renouvellent les approches classiques sur les cultures sportives de nature. Il serait intéressant de poursuivre la réflexion en présentant l’état de la connaissance dans chaque paradigme (en montrant les différentes théories qui existent dans le paradigme structuraliste et conflictuel par exemple autour des écrits de Lefèvre, Corneloup, Loirand,…) et leur apport respectif à la connaissance des cultures sportives de nature. Sans doute, ce qui est en jeu c’est aussi la définition de la culture sportive de nature qui prendra des orientations différentes en fonction des paradigmes qui mériterait un cadrage préalable. Bref, de nombreuses ouvertures de recherche et de discussions sont possibles au sein de cet espace thématique. On pourrait aussi envisager la question des cultures sportives en relation avec des secteurs connexes que ce soit dans la relation avec les territoires à partir des nombreux travaux réalisés par les géographes (Bourdeau, Augustin, Mao,… et l’équipe sport au sein du laboratoire Territoire), avec les métiers sportifs de nature en référence aux travaux effectués en management dans l’étude des cultures professionnelles (Bouhaouala, Bourdeau, Corneloup, Hillairet, Vachée,…), avec les historiens (Hoibian, Raspaud, Terret,…)… Tout comme il serait intéressant de discuter des liens que la sociologie des cultures sportives de nature entretient avec la sociologie du sport et la sociologie générale. Des échanges sont ainsi possibles ainsi que des réflexions pour observer comment les « autres » observent notre secteur et pour renforcer les relations interdisciplinaires. Mais au-delà de ces multiples connexions possibles ici ou là, il semble aussi intéressant de concentrer un certain nombre de discussions scientifiques sur des thématiques propres à notre secteur. En effet, l’univers du loisir sportif de nature est riche en interrogations aussi bien au niveau social, théorique et méthodologique qui méritent un détour réflexif. Quelques sujets parmi d’autres (sans les trier) seraient intéressants à discuter : quelles relations existent entre les différents mouvements culturels de ces trente dernières années (mouvements californiens, fun et free ride par exemple) ? Pourquoi les africains ne sont-ils pas plus investis dans les sports de nature ? Peut-on entrevoir une fin à la logique de l’aventure élitiste en plein air, suite à la saturation des espaces à conquérir ? Quels rôles vont avoir les réformes institutionnelles (on pense à la régionalisation des sports) sur la pratique sportive en nature ? Existe-t-il une culture sportive commune à l’ensemble des pratiques sportives de nature ? Peut-on reconnaître l’existence d’une méthodologie spécifique de recherche dans l’étude de ces pratiques et de ces territoires ? Va-t-on assister à la fin des camps de jeunesse, des colonies de vacance, des classes vertes ? Les cultures sportives locales marquées par un fort localisme sont-elles en voie d’extinction ? La culture plein air est-elle différentes de la culture sportive urbaine ?… On pourrait prolonger de beaucoup cette liste de questionnement que l’on peut avoir sur les loisirs sportifs de nature. La finalité consiste simplement à présenter la richesse et l’immensité des débats et des études à réaliser dans ce secteur permettant d’entrevoir les échanges fructueux qu’il est possible d’envisager.
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