Sports « à risque » et pratiques « extrêmes » : de quoi parle-t-on ?
La notion de sports à risque est trop communément et
trop immédiatement comprise pour ne pas être l'objet
de toutes les méprises et de tous les malentendus..
Majastre (1990)
Depuis une quinzaine d'années, les observateurs s'attachant à décrire les pratiques sportives se déroulant en dehors des équipements traditionnels mobilisent de plus en plus volontiers les notions de « sport à risque » et de « sport extrême ». A tel point que celles-ci se sont progressivement galvaudées. La fréquence du recours à ces appellations, loin d'en clarifier le sens, contribue à l'inverse à entretenir le flou. L'analyse terminologique des sports « à risque » et « extrêmes » semble donc nécessaire.
Dans un premier temps, le bon sens suffit à se convaincre de quelques difficultés soulevées par le recours à ces catégories d'analyse. Doit-on, pour caractériser une activité sportive de risquée, se baser sur la fréquence des accidents, la criticité des traumatismes effectifs (ou potentiels), les traits caractéristiques de l'activité, son environnement, les représentations du grand public ou encore le ressenti émotionnel des sportifs ? A propos des « sports extrêmes », se demander s'ils sont extrêmement dangereux, fatigants, difficiles ou spectaculaires conduit au même constat d'ambiguïté conceptuelle.
Ces problèmes de définition sont rarement soulignés, même si certaines voix s'élèvent contre un usage inconsidéré et extensif des notions de sport « à risque » et/ou « extrêmes » (Eassom, 2003). Collard (1998) reproche par exemple à Le Breton (1991) de se focaliser sur la fonction sociale des « sports à risque » sans en étudier le contenu, ce qui contribue selon lui à vider ce concept de sa substance. Plus globalement, Seigneur (2004) déplore les usages peu réflexifs de la notion de risque au sein de la littérature en sciences sociales sur les pratiques sportives.
Les sciences sociales étant sujettes à une double herméneutique (Giddens, 1987), se saisir des « sports à risque » et/ou « extrêmes » à des fins de recherche implique en fait une reconstruction qui ne va pas de soi : il faut non seulement construire ces objets, mais également tenir compte des diverses interprétations (de caractère spontané ou savant) préexistant à l'observation (Duchastel & Laberge, 1999). En l'occurrence, les difficultés conceptuelles sont donc accentuées par la diffusion de ces termes dans le langage courant, susceptible de générer un effet pervers consistant à considérer ces catégories du sens commun suffisamment « parlantes » pour ne pas s'embarrasser de coûteuses précautions terminologiques.
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