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Loisirs sportifs de nature, risques et sécurité


Un axe de recherche privilégié : comprendre les fondements de la confrontation au danger

Il est difficile de se mettre sans motif sur les bords de l'abîme.
Tesson (2004)


La plupart des recherches sur les risques corporels liés aux loisirs sportifs sont centrées sur l'identification des significations, motivations et dispositions susceptibles de clarifier le pourquoi de ces formes d'engagement. Les explications proposées sont variées : recherche de sensations fortes, appel de l'aventure, déroutinisation du quotidien, affirmation identitaire, etc.

Dans un premier temps, ces travaux ont essentiellement porté sur les cas extraordinaires de mise en jeu de l'intégrité corporelle de quelques « conquérants de l'inutile ». Puis, au-delà de ce qui meut ces derniers, il a semblé nécessaire de mieux cerner des expositions moins spectaculaires aux dangers : celles du pratiquant lambda, procédant par exemple d'une perception particulière des dangers, ou d'une volonté, très circonscrite temporellement, de s'extraire de certaines contraintes, de se mettre à l'épreuve, de se frotter à des obstacles tangibles, etc.

Les enquêtes réalisées démontrent de plus en plus clairement que le risque sous-jacent à ces activités ne constitue pas, en soi, une justification des comportements adoptés. Il apparaît plutôt comme un moyen permettant l'atteinte d'états (satisfactions sensorielles, sentiment de compétence, de plénitude, etc.) ou de gains de divers ordres (distinctifs, interactionnels, narcissiques, techniques, etc.). Pour aller plus loin, précisons que ce n'est pas véritablement la confrontation au risque qui permet de se révéler ou de se valoriser, comme l'affirme Assailly (1992) ; de manière moins mécanique, c'est plus précisément la mobilisation de ressources particulières, indispensables pour affronter et réduire les dangers provoqués, qui devient éventuellement porteuse. Ainsi, il semble préférable de s'intéresser aux raisons pour lesquelles le danger est accepté, plutôt qu'aux motifs pour lesquels des risques abstraits seraient pris.

Sociologie, anthropologie, psychologie, psychologie sociale, psychanalyse… Autant de disciplines offrant des éclairages stimulants pour qui souhaite saisir les tenants du phénomène investigué (Soule & Corneloup, 2007). Au sein même de la sociologie, la pluralité des approches doit être soulignée. Inscrit dans un courant de pensée individualiste qui a suscité quelques réactions de surprise lors de sa sortie 2, l'ouvrage de Collard (1998) se montre lui-même très critique vis-à-vis des approches de Baudry ou Le Breton, représentants respectifs d'une sociologie critique et d'une anthropologie fonctionnaliste. Les livres de ce dernier, qui font référence depuis une quinzaine d'années en matière de risque sportif, défendent une hypothèse originale mais assez peu évolutive malgré l'émergence progressive d'explications alternatives. En effet, outre les paradigmes sociologiques individualiste, fonctionnaliste et critique, il faut souligner l'émergence de travaux inscrits dans les courants théoriques de la sociologie structuraliste, post-moderne ou encore interactionniste. La prise en considération de cette diversité s'impose comme une nécessité pour dépasser les guerres de chapelle aisément identifiables dans le champ, et présenter un panorama diversifié des perspectives d'analyse ayant vocation à expliquer et/ou comprendre l'attrait pour les modalités risquées de pratique sportive. Il importe en tout état de cause de s'émanciper d'une lecture épistémologique classique, qui tendrait à concevoir la vérité scientifique comme unique… Dans la perspective d'ouverture qui est défendue ici, nous considérons que les possibilités de confrontation et de « frottement » entre modèles sont constitutives d'une grande richesse.

Sur le plan organisationnel, l’observation sociologique du fonctionnement des réseaux d’intervenants chargés de la prévention et/ou des secours met à jour plusieurs lignes de fracture entre la présentation institutionnelle des fonctions assumées par ces acteurs collectifs et leurs comportements réels : la communication sur les risques ne vise pas toujours prioritairement l’acquisition d’une culture sécuritaire chez les pratiquants ; les sauveteurs en montagne ne se dévouent pas de manière totalement désintéressée et gratuite à leur mission ; etc.

 

Enfin, de manière ambivalente (mais certainement appelée à se pérenniser), la gestion des risques peut passer du statut de simple contrainte à celui d’atout marketing. Il en va ainsi quand on joue sur le frisson procuré aux pratiquants par une activité tout en misant sur la démonstration d’une prise en charge volontariste et performante des dangers inhérents à la pratique sportive en question…

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(2) Notamment parce que les approches des sports à risque voulant circonscrire la réflexion au domaine de la rationalité humaine semblent amenées à passer sous silence une partie des tenants du phénomène, relevant surtout du domaine des actions non logiques au sens de Pareto.