Sommaire

Loisirs sportifs de nature, risques et sécurité


Vers des analyses des risques et des études post-accidentelles inscrites dans une perspective systémique

L'a priori implicite et systématique « tout a
une cause » se trouve fréquemment à
l'origine d'idées fausses.
Boudon (1979)


Malgré des enjeux sanitaires conséquents, ce n'est que tardivement, à partir de la fin des années 1990, que les pratiques sportives ont fait l'objet d'études mettant à contribution les modèles systémiques d'analyse des risques (ingénierie de sécurité, cindyniques ou sciences du danger). Dès lors, le regard se décentre des sportifs afin d'identifier le faisceau de facteurs qui, en se combinant, sont susceptibles de dégénérer en accident. Plusieurs facteurs expliquent cette faible maturité de la cindynique sportive, comparativement à d'autres secteurs d'activité. Le principal semble lié à la difficulté de s'émanciper d'une vision simplificatrice, très prégnante au sein des réflexions sur les dangers et accidents sportifs : celle-ci combine les modèles de responsabilité individuelle et de risque accepté. Lors de l'analyse des risques sportifs, il est par conséquent difficile de persuader les observateurs de ne pas se focaliser sur le pratiquant, ses comportements et « erreurs », et de développer un regard plus global.

Dans cette perspective, il s'agit d'analyser les risques sportifs en « refusant l'évidence », c'est-à-dire en allant à l'encontre du sens commun et de la vision dominante des dangers liés à la pratique sportive. Les comportements et décisions des pratiquants ont certes leur importance, mais ces derniers ne sont que co-producteurs et co-régulateurs du danger. Le recours à des modèles d'analyse systémique des risques ayant fait leurs preuves dans d'autres domaines d'activité facilite dès lors ce renversement intellectuel.